Créée peu avant la guerre, la première Unité de Projecteurs de l’Armée belge n’eut qu’une existence éphémère. En effet, après avoir rendu à Anvers, au début des hostilités et durant le siège, les services les plus signalés, notamment pour l’équipement électrique de la forteresse, elle se trouva peu à peu anéantie, puis dissoute, lors de la chute de la place forte.
Les Projecteurs renaquirent de leurs cendres au début de l’année 1915. De toutes pièces on créa à cette époque des pelotons qui furent affectés à chacune des divisions. Une compagnie d’armée fut, par la suite, ajoutée. Dès la bataille de Steenstraete, les Projecteurs entrèrent en action et cette action y fut hautement appréciée et proclamée par des ordres du jour du Commandement.
Puis vint la longue garde dans les lignes de l’Yser. Les appareils de petit et de moyen calibre, dits de tranchées, furent postés en permanence.
Toujours placés dans les tranchées d’extrême-avant, sans autre arme que le générateur de lumière, les servants de ces appareils ont, durant tout ce temps, rempli silencieusement leur mission d’honneur et de sacrifice. Allumer un projecteur en présence de l’ennemi c’est lui donner une cible, c’est attirer consciemment sur soi les balles et les obus. Et pour faire cela, nuit après nuit, pendant des années, il faut – on peut le dire hautement – avoir des âmes bien trempées. Les soldats des Projecteurs ont donné là de magnifiques preuves de bravoure, d’abnégation et d’esprit de sacrifice.
Au cours des années de cette longue guerre, l’activité aérienne de l’ennemi s’accrut progressivement, la défense contre aéronefs s’intensifia dans la même proportion et les projecteurs de gros calibres y eurent leur rôle à jouer. Ce fut alors le guet perpétuel dans les nuits noires et glacées, les alertes, les longues recherches dans le vaste ciel, les bombes prenant les projecteurs pour cible et de temps à autre – trop rarement car l’œuvre était hérissée de difficultés – la joie d’avoir collaboré à une victoire.
Avec l’ensemble de l’armée, les Projecteurs furent de la grande offensive libératrice.
Comme tous nos soldats, ils y prient leur part de danger, d’enthousiasme et de gloire.
Nombreux sont ceux d’entre eux qui sont tombés, mortellement frappés durant ces années terribles. Près de 10 pour cent des effectifs organiques ont ainsi été fauchés.
Honneur soit rendu à ces braves.